Article FRAPNA. Jardins convoites, raisons et deraisons

Article paru dans la lettre Actu FRAPNA Savoie de juin-juillet-août 2015

Rencontré par la FRAPNA Savoie sur plusieurs questions environnementales, le président de Chambéry Métropole a déclaré « regretter » que les jardins de la Cassine aient été détruits par une action brutale. En effet, le 3 février dernier, les tractopelles étaient en action.

Résultat : destruction des puits et de 10 000 m², en grande partie jardinée, sans que les jardiniers aient été prévenus, sans qu’ils aient eu le temps de récupérer leurs plants et leur matériel. Alors que des mesures compensatoires préconisées dans l’étude d’impact du projet « Reconquête de l’axe de la Leysse » (E.P. juin 2013) prévoyaient la récupération des espèces animales protégées (2 espèces d’amphibiens, Hérisson d’Europe, Ecureuil roux, Lézard des murailles) et leur lâcher dans un biotope adapté, aucun animal n’a été récupéré. Les 63 espèces d’oiseaux recensées (dont 39 espèces protégées) étaient priées d’aller roucouler ailleurs.

La raison officielle de cette action traumatisante est que, suite à l’étude des sols, (résultats connus de la collectivité fin 2013), les terrains, pourtant jardinés depuis plusieurs générations, se sont avérés pollués par des métaux lourds (plomb…) ; il s’agissait donc de mettre en œuvre un « principe de précaution ». Les jardiniers en place, notamment ceux réunis au sein de l’association « Jardinons la ville » ont, à plusieurs reprises, demandé à connaître le contenu exact des études. Certes, Chambéry Métropole, propriétaire des parcelles, n’avait pas reconduit les conventions avec les jardiniers, et ceux-ci avaient été rejoints par d’autres citoyens. Sans que le risque sanitaire soit clairement communiqué, l’activité de jardinage a continué. L’usage aurait voulu qu’il y ait concertation, respect de la biodiversité et respect du travail des jardiniers en place. 2014-09 004

Aujourd’hui, en bordure des anciens jardins, des panneaux informent le badaud. Sous le titre « La nécessaire dépollution », que lit-on ? « Chambéry Métropole, avec l’aide d’un expert, a engagé une opération de dépollution le 3 février 2015 afin d’assainir les sols contaminés et de pouvoir ainsi réutiliser les terres arables de qualité non contestable. Le procédé de phytoremédiation retenu est entièrement écologique et utilise le maïs comme dépolluant ».

Sur un autre panneau, il est mentionné que l’aménagement de 4 000 m² permettant « la poursuite de l’activité des jardins familiaux, qui au-delà de la finalité alimentaire, constitue un lien social avec les jardiniers » est en cours dans le secteur de Lémenc. Quelques jardiniers s’accommoderont de ce transfert, mais quand il s’agit de préserver des jardins en ville, cela est-il suffisant ?

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Quel avenir pour les jardins en ville ?

Au-delà de l’histoire de cette drôle de pratique qui se dit « écologique », et qui consiste à tout raser, comme cela s’est fait aussi à Jacob-Bellecombette en préalable à la «ZAC de la Châtaigneraie », ce qui nous interroge, c’est l’avenir des jardins en ville.

Puisqu’à la Cassine, « les terres arables » seront de « qualité non contestable » et que la collectivité engage une « phytoremédiation », cela veut-il dire qu’elles retrouveront leur état de jardin ? Ou bien, vont-elles rester à la disposition des aménageurs, tel que cela est prévu dans le cadre de la restructuration du quartier de la gare, défini comme ayant une « vocation économique »?
Le pire serait la création d’un parking comme aux abords des grandes surfaces de l’agglomération où de bonnes terres ont été condamnées au bitume. Le moins pire serait que des jardins familiaux trouvent à nouveau une place au sein de la restructuration du quartier.

D’autres questions se posent :
Quelle est la nature exacte et l’origine de la pollution ? Y a-t-il d’autres parcelles concernées ? La plantation de maïs est-elle un dépolluant efficace ? En l’absence d’étude de toxicité, quels ont été les risques encourus par les consommateurs des fruits et légumes produits à la Cassine au cours de toutes ces années de jardinage? Et puis, les villes sont-elles condamnées à une croissance exponentielle ? Doivent-elles gommer les terres arables de leur territoire ? Urbains connectés et coupés de la terre, devons nous importer tous nos légumes, ceci avec plus de camions sur les routes ? Au coté de certains espaces naturels et agricoles préservés, parfois après de longues luttes, les jardins sont-ils amenés à disparaître en ville? Au-delà des vœux pieux, autant de questions que les planificateurs ont à résoudre pour l’avenir, sans oublier l’indispensable concertation avec la population.

Christine BERNARD et «Jardinons la ville»