1 an après la destruction des jardins de la Cassine. Lettre ouverte à Chambéry métropole

Lettre ouverte de Jardinons la Ville 73 au Président de Chambéry métropole

Chambéry, le 28 janvier 2016

 

Monsieur le Président,

Le 3 février 2015, Chambéry métropole détruisait les jardins familiaux de la Cassine à Chambéry. En l’espace d’une journée, pelleteuses et tractopelles ont eu raison de 9400m² de terres cultivées par plus de soixante familles, terres « sans intérêt économique », mais pourtant lieu de nombreuses richesses sociales, environnementales, culturelles… En juillet 2015, débarrassés de l’image de jardins en fleurs, l’Agglomération engageait l’étude de définition et de programmation du nouveau parc d’activités de la Cassine.

Au-delà de l’émotion suscitée par cette destruction sans ménagement, que nous enseigne cette affaire ? Et que reste-t-il du débat sur l’avenir de ce quartier que nous avions initié avec vous et la ville de Chambéry dès 2012 ?

 

Au printemps 2015, alors que la campagne électorale pour les élections départementales battait son plein, un important plan de communication a été déployé pour rendre la destruction acceptable par l’opinion publique, intervention nécessitant une mobilisation d’argent public.

Un prétexte de santé publique et de contamination des jardins au plomb a été avancé. Des analyses de sol anciennes ont été mentionnées, rendant ainsi publique une contamination plus d’un an après sa mise en évidence. Aucune investigation sur des risques sanitaires potentiels n’a été menée. Nous apprenons heureusement aujourd’hui par la Préfecture que l’Agence Régionale de Santé considère la consommation des fruits et des légumes de la Cassine comme sans danger, ce que nous ont confirmé par ailleurs les expertises d’un laboratoire indépendant.

Chambéry métropole a annoncé le recours à un procédé de phytoremédiation par le maïs, naturel et écologique. Ce protocole a été élaboré dans l’urgence, après le démarrage des travaux, par un « expert » par ailleurs adjoint à St Alban en Leysse au vice président en charge de ce dossier à Chambéry Métropole. Les ouvriers ont travaillé sur le terrain sans protection, la terre excavée a été stockée sur site sans confinement, les plants de maïs censés stocker le plomb dans leurs racines n’ont jamais été arrachés ni traités… la liste est longue.

Chambéry métropole a évoqué une concertation avec « les citoyens, les associations, les bonnes volontés et autres concernés, tous clairement identifiés« , concertation ayant donné lieu, selon elle, au choix du procédé de dépollution et à la relocalisation des jardiniers dans les nouveaux jardins de Lémenc. Elle n’a jamais mentionné que l’opération de destruction s’est déroulée sans communication préalable auprès des jardiniers entraînant saccage de biens et traumatisme. Elle n’a jamais mentionné non plus qu’elle avait rencontré trois mois auparavant notre association souhaitant avancer main dans la main pour co-construire l’avenir du quartier Cassine . Elle a refusé la transmission des études de sol en sa possession et il a fallu attendre un an et l’intervention du Tribunal Administratif pour les obtenir. Aujourd’hui encore, aucune concertation avec les habitants n’a été mise en place, alors que la définition du nouveau quartier d’affaires est en cours.

En intervenant dans l’urgence, Chambéry métropole a saccagé un secteur présentant une valeur écologique reconnue liée à la présence d’espèces protégées dont la destruction est encadrée par une réglementation spécifique et dont des mesures de préservation avait été préconisées par l’enquête publique « reconquête de l’axe de la Leysse ».

Il a été évoqué l’illégalité dans laquelle se trouvaient les jardiniers dont les baux précaires qu’ils avaient signé avec Chambéry métropole n’avaient pas été reconduits en 2012. Au-delà du fait que ces baux ne concernaient qu’un quart des jardins de la Cassine, ce que nous enseigne cette « occupation illégale », c’est que les habitants des villes, sans pouvoir d’expropriation ni de préemption, revendiquent un droit d’accès à la terre et à la nature.

Aujourd’hui, Monsieur le Président, où en est la concertation tant promise, tant évoquée ? Quel espace d’expression offrez-vous aux citoyens qui, c’est une chance pour un territoire, souhaitent créer, proposer, s’investir… dans la construction de leur ville et la définition de leur cadre de vie ?

Reconnaissez l’attachement des habitants à cet espace jardiné de la Cassine, fruit de nombreuses décennies d’histoire maraîchère à Chambéry. Ces jardins, les jardins sous toutes leurs formes… sont partie prenante de la trame verte urbaine, ils font lien physique entre les quartiers, lien social entre les habitants, ils répondent au besoin de nature des urbains, contribuent à limiter les chaleurs estivales, ils sont un refuge pour la biodiversité, une aide à la subsistance de certaines familles, ils sont outils de pédagogie et clés pour l’avenir…*

Accordez-leur une place de choix dans le futur quartier de la Cassine. Vous avez là les bases pour construire un quartier attractif, novateur, humain… ce qui va dans le sens de vos ambitions pour le territoire de Chambéry métropole, nous n’en doutons pas.

 

Nous vous prions d’agréer, Monsieur le Président, l’expression de notre considération distinguée.

L’association Jardinons la ville 73

* Cf Des jardins au cœur du futur quartier de la Cassine pour une ville belle à vivre et à travailler – octobre 2014 – Jardinons la ville 73

 

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Téléchargez la réponse de Chambéry métropole (17 février 2016)

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