Article Polenta. Cassine. Des crapauds dé-connectés

A découvrir dans le dernier numéro de Polenta (n°6 septembre 2017), journal de Chambéry et ses alentours , un article bien documenté sur la disparition des crapauds protégés « Alytes Accoucheurs », recensés il y a quelques années sur les jardins de la Cassine.

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Des crapauds dé-connectés

Ce n’est un secret pour personne. Après avoir détruit des terres agricoles, Chambéry métropole souhaite désormais réaménager le quartier de la Cassine en une future « smart-city du futur », censée attirer les investisseurs et les entreprises innovantes. Pour faire sortir de terre cette « vitrine de la ville de demain », l’Agglo a réussi à se débarrasser de crapauds un peu trop encombrants, comme nous l’apprend la lecture de plusieurs études n’ayant pas circulé en dehors de la sphère institutionnelle.

Chambéry métropole a déjà déterminé les grandes lignes de la « smart-city » de la Cassine : 85 000 m² de bureaux, 120 logements et 11 000 m² de halles, tout ça dans un esprit « connecté, durable, convivial, créatif ». Le dossier de concertation omet juste de parler de la présence sur le site d’une petite population d’alytes accoucheurs (alytes obstetricans) et de ses enjeux écologiques. Celle-ci est pourtant référencée dans plusieurs études (non diffusées au grand public) commanditées par Chambéry métropole en 2015 et 2016. On y apprend que l’activité des jardins familiaux ainsi que la présence de deux puits proches des talus ferroviaires ont rendu le site favorable à cette espèce patrimoniale. Sans doute n’avez-vous jamais eu l’occasion de voir un alyte accoucheur. En voici une brève description :

« C’est un crapaud de petite taille, mesurant souvent moins de 4,5 cm (maximum 5,5 cm). Son aspect général est trapu. Il possède une tête large et aplatie au museau arrondi. Sa peau granuleuse parsemée de petites pustules est de couleur grisâtre, la face ventrale est blanchâtre et granuleuse. Ses yeux dorés se caractérisent par une pupille verticale en forme de fente ou plus ou moins en forme de losange (unique chez les anoures) » 1.

Ce crapaud est considéré comme quasi-menace sur la Liste rouge des vertébrés terrestres de la région. En France, il est protégé par l’article 2 de l’Arrêté du 19 novembre 2007 fixant les listes des amphibiens et des reptiles protégés sur l’ensemble du territoire et les modalités de leur protection. À ce titre, « sont interdits […] la destruction ou l’enlèvement des œufs et des nids, la destruction, la mutilation, la capture ou l’enlèvement, la perturbation intentionnelle des animaux dans le milieu naturel, […] la destruction, l’altération ou la dégradation des sites de reproduction et des aires de repos des animaux […] » 2. Autrement dit, ce crapaud est protégé au titre de ses individus mais également de ses habitats de reproduction et de repos… Qu’il est donc interdit de détruire. Sauf que les bulldozers envoyés par Chambéry métropole à l’hiver 2015 pour raser les jardins familiaux ne l’ont pas épargné.Une étude commandée par l’Agglo reconnaît désormais explicitement que la législation en vigueur a été enfreinte : « Les travaux associés à la suppression des jardins ouvriers ont potentiellement remis en cause la présence de l’espèce [alyte] sur le site. Il est certain que ces travaux n’ont pas permis la reproduction de cette espèce cette année 2015 » 1.

Pour tenter de sauver les apparences et se conformer à la législation en vigueur, ledit rapport propose alors des mesures de protection pour maintenir la population d’alytes accoucheurs en place, mais précise t-il aussitôt, sans qu’elles ne représentent une assurance de son efficacité. Et surtout,elles ne permettraient « pas non plus d’éviter le risque de recours en cas d’aménagement sur le secteur ».

C’est qu’il y a toujours des gens qui se battent depuis deux ans et demi pour tenter de sauver de l’urbanisation ce qu’il reste des jardins familiaux de la Cassine.Et ceux-ci connaissent bien, au grand dam de Chambéry métropole, la présence de ces amphibiens : « Les associations locales pourraient émettre un recours pour destruction d’habitat d’espèces protégées et bloquer la procédure de permis de construire ». Là encore, une solution est suggérée pour l’Agglo afin d’étouffer a priori toute potentielle contestation : « Une des possibilités de limiter davantage ce risque, serait de faire valider ces mesures par la LPO [Ndlr : Ligue de protections des oiseaux] ou la DREAL [Ndlr : Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement] service biodiversité. Toutefois, ces services pourraient également demander davantage de mesures ou refuser l’aménagement avant déplacement de l’espèce protégée ». (2) Mais Chambéry métropole semble avoir bénéficié d’une solution encore plus simple : la sélection naturelle. Dans un autre document publié l’année suivante 3, on apprend que les mesures de protection mises en place en 2015 n’auraient finalement pas permis de maintenir la population d’alytes accoucheurs sur le site, aucun individu n’ayant été observé en 2016. Quelle chance ! Il n’est donc plus question de ces crapauds encombrants à La Cassine : ils ont tout bonnement disparus. Sans aucune explication. Seule la zone humide qui est apparue autour des puits après l’intervention des bulldozers présente désormais un enjeu. Donc autant ne plus en parler et faire comme si ces crapauds n’avaient jamais existé.

1 Chambéry métropole, « Avant-projet : Protection de l’Alyte accoucheur sur le secteur de la Cassine », septembre 2015

2 Chambéry métropole, « Note sur les enjeux liés à la biodiversité. Chambéry – secteur de la Cassine», août 2015

2 Chambéry métropole, « Aménagement de la ZAC de la Cassine. Expertise Faune/Flore », octobre 2016

 

ET LE VAINQUEUR EST…
Le 6 juin dernier, Le Dauphiné nous apprenait que la start-up NewQuest venait de signer son « nouveau projet fou ». De quoi s’agit-il ? De la construction d’un futur centre digital ultra-connecté en « plein centre de Chambéry ». Baptisé Skylab,ce bâtiment de 5500 m² est présenté comme « le premier bâtiment robotisé et interactif, autonome et générant sa propre énergie de tout le bassin chambérien ». Rien que ça : six étages,cinq terrasses,un restaurant connecté,un laboratoire de nouvelles technologies et une salle de sport intelligente.Mais attention : « Le lieu est encore tenu secret », précisent nos confrères. NewQuest candidate idéale à la future « smart-city »de la Cassine ? Cela ne fait aucun doute.

2017-09 Polenta Des crapauds dé-connectés 1